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Artiste-commissaire, autrice, Maryse Morin mène depuis 2004 des laboratoires transdisciplinaires ouvrant sur de nouveaux assemblages; vers une pratique curatoriale attentive aux conditions d’expérience.

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Sounding Space, Time and Memory

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Maryse Morin is a curatorial practitioner, artist, researcher and writer. She explores listening as an embodied site of experiences… Worlding With. A verb; becoming.

Stéphane Gilot: Le catalogue des futurs

Stéphane Gilot: Le catalogue des futurs

© Stéphane Gilot. Images, courtoisie de l’artist.

Alors que le Musée d’art de Joliette entame en 2012 un troisième projet de rénovation majeur, Annie Gauthier, directrice générale du Musée, et Marie-Claude Landry, conservatrice de l’art contemporain, invite Stéphane Gilot à s’approprier le projet de construction et de mise aux normes de l’institution dans le contexte d’une résidence de recherche. Tout au long de sa reconfiguration architecturale, entre 2013 et 2015, l’artiste reçoit carte-blanche ainsi qu’un accès privilégié à l’ensemble de ses espaces. Il en résulte Le catalogue des futurs, une mise en abyme de la notion d’archives et de dépôt d’œuvres d’art, où l’artiste pose la question du lieu historique, de l’acquisition, de la documentation et de la recherche.

L’initiative met en lumière divers rapports que nous entretenons avec l’histoire de l’art, parmi lesquels le statut et la fonction du musée dans l’art contemporain. En extension à sa résidence de recherche, et ce tout au long de l’année 2016, Stéphane Gilot étend le geste de curation en invitant des artistes de la performance à prendre part à différentes d’interventions au cœur de ses installations. Ainsi, Sophie Breton, Caroline Boileau, Belinda Campbell, k. g. Guttman et le duo Clara Furey et Peter Jasko s’approprient l’œuvre rhizomathique de l’artiste, tout en élargissant la proposition générale par le biais de leurs pratiques respectives.

Volet I : Passé composé

À mesure que les couches structurales du Musée se livrent à l’artiste-témoin par le biais de son démantèlement en prévision d’un long entreposage, Stéphane Gilot – agissant à titre de co-commissaire – entreprend une exploration qui s’apparente à la fouille archéologique. Parmi ses découvertes, il retient un escalier qui ne mène nulle part – Escalier sans fin  –, ainsi qu’un auditorium enfoui sous une couche de béton, résidu d’une époque où le MAJ, n’ayant pas encore obtenu son accréditation muséale, détenait plutôt le titre de centre culturel.

Stéphane Gilot (ré)interprète ces découvertes, les fait (re)vivre – ainsi que bien d’autres – à la lecture de sa démarche et ce, tout au long du projet de création In Situ qui s’échelonnera sur plus de deux années. Pour un temps délimité, le Musée devient le terreau fertile de l’artiste et donne lieu à de complexes mises en abyme par le biais d’installations, de maquettes, de structures de jeu et de performances. Il en résulte un parcours dans lequel le visiteur inscrit son passage dans une logique temporelle anachronique, ainsi que dans une relation à l’espace où la diversité des échelles multiplie les points de vue. Tel que le précise Marie-Claude Landry, co-commissaire de l’exposition, « on y explore le Musée à la manière dont on découvre une œuvre d’art, dans un contexte où le temps se transforme en espace ».

Celle-ci porte à notre attention la démarche par laquelle l’artiste interroge la notion de musée – ainsi que sa métamorphose – dans une logique autoréflexive qui rejoue, questionne, redécouvre et invente l’histoire du MAJ, que ce soit en le projetant virtuellement dans le futur à l’aide de dessins, en faisant (re)vivre l’auditorium transformé, depuis, en réserve muséale ou encore en redéfinissant l’usage des collections par la conception d’une exposition dans un pavillon intimiste dont l’effet de panoptisme des agencements des œuvres suscite un vertige certain face aux vis-à-vis qui s’en dégagent. Ainsi, le musée que le visiteur est appelé à expérimenter est à la fois imaginaire et réel. Il est (re)joué par des retours en boucle sur lui-même, d’où émergent de nouvelles traces, de nouveaux artefacts, voire de nouveaux espaces.

Avec son musée dans un musée, Gilot entreprend de construire un musée temporaire, partagé entre utopie et dystopie qui questionne la perspective de la maquette, les notions de temporalité et de permanence. En « jouant au musée », l’artiste interroge le dispositif qu’est le musée en soi – dont la conservation des œuvres, le rôle des expositions – permanentes et temporaires –, de commissaire ainsi que le rôle de générateur de contenu et de savoir comme pour en provoquer l’avenir.

L’« histoire » qui émerge au gré des gestes posés par l’artiste lui permet de mettre en lumière et d’apporter un regard critique sur les enjeux qui concernent les institutions muséales, tels que la relation singulière qu’elles entretiennent avec l’histoire et la mémoire à travers leurs collections, et l’inévitable agrandissement de leur bâtiment, tout comme les universités et les bibliothèques, par ailleurs. Tel que nous le rappelait Le Corbusier avec le Musée à croissance illimité, La Maquette (Musée modèle, 2013-2016) de Stéphane Gilot fait émerger des interruptions tout au long des parois du MAJ, ouvre et croise des perspectives entre les œuvres et transforme notre rapport au lieu et à l’espace, à l’intersection du réel et le fictif.

Avec cette exposition, Stéphan Gilot bouleverse notre rapport au temps et à l’espace, détourne nos habitudes perceptives de sorte à englober simultanément les moments et les autres à venir. Bref, un musée pour croître indéfiniment. À l’image des poupées russes, La Maquette conjugue l’un et le multiple, le passé et le présent, la réalité et la fiction. Tel que le souligne Annick DeBlois, cette œuvre positionne le visiteur dans la posture de géant et met en lumière une des utopies contenues par la notion de musée même : agrandir indéfiniment afin d’accumuler et de conserver des œuvres sans limites et pour l’éternité.

Volet II : Futur conditionnel

Chez Stéphane Gilot, le jeu prend l’allure d’activité libre, en apparence dépourvue d’utilité et permet à l’individu de se soustraire aux normes de la vie sociale. L’artiste constitue à travers ses règles, un mode d’apprentissage – ou de questionnement – de la vie collective. En d’autres termes, il fait performer l’espace. Tour à tour, la dimension performative de l’ensemble des œuvres contenues dans Le catalogue des futurs rehausse la mise en abyme déployée par l’artiste et, par extension, lui donne des allures de larsen à caractère eurythmique par le biais de collaborations spécifiques.

À titre d’exemple, k.g. Guttman crée et performe l’œuvre L’Inventaire qui ouvre une réflexion portant sur la notion de collection, et plus particulièrement sur la notion d’inventaire, par le biais du son, du mouvement et d’une sélection d’objets de la collection du Musée, dont une mise en vis-à-vis entre les objets, voire une intensification du rapport entre ceux-ci et le visiteur. Cette mise en mouvement entre les objets par le biais d’interactions et de la notion de mesure permet la mise en tension de la notion d’universalisme, jusqu’à sous-tendre « qu’un espace n’existe pas avant qu’on ne l’observe, (…) que le corps est une intensité ».

À plus d’une reprise, Le catalogue des futurs est ainsi (re)joué, (re)visité, (re)déployé et (re)questionné à son tour. Il en résulte une dimension fantomatique rehaussée par les regards croisés entre Stéphane Gilot et ses hôtes. Cet aspect est retourné dans tous ses sens lors de la résidence de recherche bien singulière qu’a entreprise Caroline Boileau. D’une durée intensive et ininterrompue de cinq jours et quatre nuits de vie continue dans les espaces du Musée, celle-ci teste jusque dans ses limites une réalité et une temporalité parallèles. Par exemple, en occupant les différentes salles du MAJ, en cohabitant avec les visiteurs, ainsi que les employés du Musée, elle interroge la notion de présence. Durant le jour, le pavillon de l’exposition devient le théâtre de performances inattendues, Boileau (re)jouant en un seul personnage à la fois Faustine et Morel, visible et invisible face aux visiteurs; quand à la tombée du jour, elle erre de manière fantomatique, au grand étonnement des passants sur la rue ou de l’équipe d’entretien du Musée, le tout capté par les caméras de surveillance.

Par le biais de l’ensemble des mises en mouvements et des chevauchements, le Musée devenu « muséalie » se fait Odyssée et porteur d’un nouveau postulat d’où se dégagent nombre de dimensions fantastiques qui se font à leur tour révélations discrètes et partielles d’une certaine île en soi.

Paru via esse arts + opinions web

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